L’AFFAIRE MICHELE C.., ou: UN CAS D’ÉCOLE

Par Jean-Jacques  Jaillat

  » les sens passent, la question demeure » (Roland Barthes, « Sur Racine », Points Seuil, 1979, p.7)

Par ce premier dossier des « Annales de la Magonie », je vais dévoiler la très étrange aventure de Michèle C.. . J’ai fait sa connaissance par des amis communs, un an et demi après les faits qu’elle accepta de me révéler, sous couvert d’un complet anonymat, y compris celui relatif aux lieux précis où ils se sont déroulés. Michèle C.. étant encore, à l’heure actuelle, en activité professionnelle, on comprendra ses raisons à la lecture de ce qui suit, et que j’ai reconstitué à partir de ses déclarations enregistrées, encore empreintes d’une sourde émotion et d’une obsédante interrogation quant au sens de ce qu’elle a vécu.
A mieux la connaître, ma confiance en sa sincérité est totale. Mais je ne ferai, ici, aucun commentaire relatif à la signification des faits, laissant à chaque lecteur toute latitude quant à l’analyse et à l’interprétation  de ceux-ci.
Michèle C.. travaille, en tant que VRP, pour une société commercialisant du matériel pédagogique à destination des écoles maternelles et primaires. Elle a pour tâche (« bien difficile », dit-elle) de visiter ces établissements, afin de présenter et de vendre jouets et jeux pédagogiques. Un  ou plusieurs secteurs de démarchage lui sont attribués, qu’elle doit couvrir sur chaque année scolaire.
Employée depuis plusieurs années dans cette société, Michèle inaugure un nouveau secteur,qu’elle ne connaît pas, dans l’est de la France. Elle y travaille depuis un trimestre. Nous sommes en avril 1998. Elle est alors âgée de 38 ans; elle est mariée, et a un enfant de 12 ans.
Et en ce mardi après-midi…
Petit bourg rural de Y.. . Michèle gare son véhicule non loin de la petite école maternelle, reconnaissable aux guirlandes et papiers colorés collés aux deux fenêtres. Ce n’est pas une école neuve, mais, comme il en existe encore beaucoup, précise-t’elle, un vieux bâtiment en pierres, rappelant, sans doute, davantage ceux de l’époque du Grand Meaulnes…
Dans le hall d’entrée, elle est accueillie par deux atsems d’un certain âge, assises derrière une longue table, et occupées à confectionner de petits objets en carton pour les enfants. Michèle demande à être reçue par la directrice, et est introduite, aussitôt, dans une grande et unique salle contigûe.
La directrice, une jeune femme d’une trentaine d’années, lui offre de s’asseoir sur l’un des bancs qui meublent la salle, afin qu’elle puisse sortir de ses sacs les produits qu’elle veut proposer. « Ca va être l’heure de la récréation, ma collègue va descendre », lui sourit la directrice.
En effet, quelques minutes plus tard, dans un brouhaha typiquement scolaire, les petits descendent l’escalier de bois menant à l’étage, accompagnés d’une seconde jeune femme, et sortent en récréation. Ils sont une douzaine, et Michèle comprend que cette modeste école abrite une classe unique.
Les enfants étant, suppose-t’elle, sous la surveillance de l’une, ou des deux, atsems, Michèle fait sa démonstration habituelle des nouveautés et des quelques « classiques » du catalogue. Et, « comme c’est trop souvent le cas », soupire-t’elle, elle s’entend répondre qu’il lui faudra revenir sous deux mois pour d’éventuels achats, lorsque les budgets auront été alloués. Mais elle peut laisser quelque documentation…
Préoccupée par cette vente reportée sans certitude d’achat ultérieur, Michèle revient à sa voiture, et fait le choix de ne  chercher et contacter l’école primaire que lorsqu’elle repassera.
Tout à sa déception, elle ne s’aperçoit pas, alors, que, dans ce qu’elle vient de vivre, certaines choses… clochent.
Au mois de mai suivant, Michèle C.. descend de sa voiture, face à la petite école maternelle. « J’ai tout de suite senti que quelque chose, je ne savais pas quoi, avait changé », explique-t’elle. Les deux fenêtres sont exemptes de toute garniture, de tout coloriage. La porte vitrée de l’unique entrée est fermée à clef. Michèle se penche pour regarder à l’intérieur, et se rend compte que le hall où, l’autre fois, s’affairaient les deux atsems est totalement vide.
Elle se déplace le long du bâtiment, et, se hissant sur ses pieds, jette un oeil par l’une des deux fenêtres. La grande salle où l’avaient reçue les deux enseignantes est vide.Pas le moindre meuble , ni la moindre trace d’occupation.deux enseignantes, est désespérément vide. Pas le moindre meuble, ni la moindre trace d’occupation.
Perplexe, Michèle retourne à sa voiture, se disant que cette maternelle plutôt vieillote a été fermée et les enfants installés dans des locaux plus récents et plus spacieux. Peut-être adjointe à l’école primaire, où elle va, maintenant, se rendre.
ecole fantomeAvant de repartir, elle lance un dernier regard sur l’école, et soudain la vue de celle-ci vient percuter les souvenirs de son passage précédent. « J’ai cru que le ciel me tombait sur la tête ! », frémit-elle encore. Car elle vient de prendre conscience que cette école n’a pas d’étage, et qu’il était donc parfaitement impossible qu’elle ait pu voir douze enfants et leur maîtresse en descendre l’escalier. Ses yeux s’attardent sur le bâtiment: non, impossible, il n’y a même pas l’emplacement d’un grenier !
Tremblante d’émotion, Michèle se précipite vers l’école. Par la fenêtre, elle constate, stupéfaite, qu’il n’y a aucun escalier dans la salle, là où elle avait vu et entendu les enfants faire irruption.
Elle fait , alors, le tour de l’école, et son malaise s’accroît, car , à la place de la cour de récréation attendue, elle ne voit qu’un terrain de hautes herbes et de quelques arbres. Elle se rappelle, alors, que, ayant regagné sa voiture avant la fin de la récréation (puisque aucun enfant n’était rentré avant son départ), elle n’avait vu ni entendu aucun élève au-dehors. Elle ne se rappelle pas si, en sortant, elle avait vu les deux atsems. En outre, aucune clôture n’aurait protégé les enfants de la route toute proche.
Secouée par une totale incompréhension, ayant du mal à retrouver ses esprits, elle reprend, toutefois, son véhicule, et découvre, bientôt, sans difficultés, l’école primaire, installée dans des locaux plus récents.
Reçue par le directeur, elle lui demande, après avoir terminé sa démonstration -et sans, bien sûr, lui rapporter ce qu’elle avait vécu-, si l’école maternelle avait été déménagée récemment, car elle avait trouvé les lieux vides…
 » Cela fait 10 ou 15 ans au moins », lui répond-t’il, « que le bâtiment est vide. Dès que cette école-ci a été construite, « la maternelle y a été transportée aussi. C’est le portail à côté du nôtre ».
Atterrée, Michèle insiste, tentant de se raccrocher à quelque logique rassurante: ce vieux bâtiment si vétuste abrite, peut-être, de temps en temps, un centre aéré, ou bien une classe en trop qui n’aurait pas de place dans la nouvelle maternelle, ou bien une crèche s’y serait-elle transportée provisoirement (mais ce n’était pas les enfants d’une crèche qu’elle y avait vus…),… ?
Non, le directeur est formel, lui qui connaît bien les lieux et ses diverses activités depuis des années.
Michèle poussera le portail voisin de l’école maternelle,accolée à la primaire, et y trouvera confirmation des propos du directeur. Et, bien évidemment, les enseignantes qui la reçurent, bien que jeunes aussi, ne présentaient aucune ressemblance avec celles qu’elle avait rencontrées au mois d’avril précédent.
Renseignement pris à la mairie du bourg de Y.. . La vieille école reste inoccupée depuis plus d’une dizaine d’années…
Voici ce que me permet de rapporter Michèle C.. . Je me suis rendu sur les lieux en sa compagnie. Le bâtiment de l’ancienne maternelle demeurait vide, de tout objet et de tout occupant. Aucun escalier n’était visible dans la grande salle abandonnée, et aucune installation à l’étage n’est manifestement envisageable.
J’ajouterai que, le matin même de son premier passage, Michèle C.. avait déjà vécu un événement hautement étrange, que, pour des raisons très personnelles, elle ne veut pas divulguer. En ayant connaissance, je ne peux que m’interroger sur la nature globale de cette journée vécue par celle-ci. Une journée qui, au récit de Michèle, laisse une sourde impression de malaise , et suscite d’amples interrogations.

 

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